15.12.2006
Citation d'Antoine Faivre à propos de la RCO
Le LR [Lectorium Rosicrucianum] a une activité éditoriale importante, en plusieurs langues, qui s'exerce principalement à Haarlem (éditions, ou librairie, du Rozekruis Pers): traduction et rééditions des oeuvres des fondateurs (Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri), mais aussi d'ouvrages anciens (un écrit de Marsile Ficin, quatre de Karl von Eckartshausen, un de Jacob Boehme, deux de J.A. Comenius) et du XXe siècle (livres d'Antonin Gadal et de Gustav Meyrink, par exemple), édition d'une revue, Pentagramme (bi-mensuel qui paraît en onze langues et tire à environ vingt mille exemplaires), et bien sûr de brochures. De valeur inégale, les articles de Pentagramme se partagent en deux catégories: textes à vocation initiatique ou édifiante, et – moins nombreux – études à caractère historique ou même nettement universitaire ; plusieurs de celles-ci sont de la plume de chercheurs participant également aux activités éditoriales de In de Pelikaan, qui est une maison d'édition à Amsterdam.
Le corpus référentiel du LR , tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Rijckenborgh (que tous les membres sont tenus d'étudier, et qui constitue l'obligée référence du LR) comporte deux sortes d'ouvrages. L'une est représentée par l'édition commentée de textes anciens, l'autre par des manuels à l'usage des membres de l'École, manuels nullement secrets mais offerts aussi bien au public pour son instruction. Parmi les éditions de textes anciens figure en premier lieu celle, en quatre volumes, du Corpus Hermeticum, qu'il interprète, on l'a vu, dans un sens dualiste. Ce corpus est pour lui fondamental: « Toute activité gnostique réelle de la période humaine actuelle a pour source la gnose égyptienne. » Par « Égypte », il semble qu'il entende davantage la pharaonique que l'alexandrine car, pour lui, comme il l'écrit de façon surprenante: « Les enseignements d'Hermès Trismégiste ont plus de dix mille ans », si bien que « à peu près tous les textes de valeur de la Bible sont empruntés aux écrits hermétiques » ; d'ailleurs, « il faut encore savoir que tous les livres de la Bible ont été rédigés par les pères de l'Église. [...] C'est un miracle que quelque chose d'essentiel ait été conservé, comme l'évangile de Jean ». Figurent aussi, parmi les éditions commentés de livres anciens, celle des trois écrits rosicruciens (Fama, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces Chymiques, 1616), et le Nycthéméron d'Apollonius de Tyane. Ces éditions et commentaires ne se présentent nullement comme des études historiques et philologiques. Aussi bien ont-ils pour objet unique d'édifier spirituellement le lecteur. Il en va de même, évidemment, de la seconde sorte d'ouvrages – ceux qui sont destinés à l'instruction spirituelle, sans support textuel préalable –, mais dans ce cas l'on est moins surpris.
A part ceux qu'il considère comme ses pères fondateurs, Rijckenborgh ne cite que peu de noms. A part, donc, Hermès Trismégiste, Mani, Johann Valentin Andreae, on trouve seulement, parfois, les noms de Max Heindel, Rudolf Steiner, H.P. Blavatsky. Même Jacob Boehme paraît absent, mais il serait souvent cité, m'apprend le LR, dans d'autres ouvrages, et notamment dans les « textes intérieurs » du LR, et Rijckenborgh aurait procuré lui-même, avant guerre, une édition de L'Aurore naissante. Pour le XVIIIe siècle, Karl von Eckartshausen semble être le seul. Rijckenborgh a sévèrement limité son corpus référentiel. Il déclare d'ailleurs rejeter toute forme d'occultisme, qu'il appelle aussi « magie grise » ou « magie négative ». Par là, il semble entendre beaucoup de choses et reste le plus souvent vague, mais c'est très explicitement qu'il condamne le spiritisme, le magnétisme, et même l'astrologie et l'acupuncture.
Antoine FAIVRE
Source: Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »), in Pour en finir avec les sectes (CESNUR - Di Giovanni, 1996)
13:25 Publié dans 04. Rosicrucianisme | Lien permanent | Envoyer cette note
JVR: un enseignement paradoxal
Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Antoine FAIVRE
Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)
directeur d’études à l’école pratique des hautes études (Ve section), professeur à l’université Bordeaux-III pour Roland : Professeur émerite à la Sorbonne ...et auteur de nombreux travaux sur le la Rose-Croix
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01.12.2006
JO 2006
JO , 10 octobre 2006
[Texte intégral]
12ème législature
Question N° : 101587 de M. Suguenot Alain ( Union pour un Mouvement Populaire - Côte-d'Or ) QE
Ministère interrogé : justice
Ministère attributaire : justice
Question publiée au JO le : 01/08/2006 page : 7966
Réponse publiée au JO le : 03/10/2006 page : 10408
Rubrique : ésotérisme
Tête d'analyse : sectes
Analyse : classification. conséquences
Texte de la QUESTION : M. Alain Suguenot appelle l'attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur la lutte contre les sectes. Celle-ci est primordiale contre toute organisation qui s'avère dangereuse et endoctrinante pour les individus, à des fins d'ailleurs très souvent financières. Cependant, il faut être très prudent et ne pas tomber dans la stigmatisation systématique de certains courants philosophiques ou religieux qui n'ont rien de sectaire mais sont parfois considérés comme tels par certains qui ne les différencient pas des sectes. II peut alors y avoir un risque d'atteinte à la liberté de religion ou d'opinion philosophique. Dans certains cas, cela peut même avoir des conséquences au niveau professionnel. Aussi souhaiterait-il savoir si le fait d'appartenir à une organisation répertoriée dans le rapport parlementaire annuel comme étant une secte est susceptible de justifier des mesures de rétorsion de la part d'un employeur privé ou de la part de l'exécutif d'une collectivité territoriale.
Texte de la REPONSE : Le garde des sceaux, ministre de la justice, fait connaître à l'honorable parlementaire que le recours à liste des mouvements à caractère sectaire établie par la commission d'enquête parlementaire sur « les sectes en France », en 1995, doit être évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères, tel que le Premier ministre l'a rappelé par circulaire du 27 mai 2005. Par ailleurs, les principes garantis constitutionnellement interdisent à quelque autorité que ce soit de porter un jugement de valeur sur les motivations des personnes qui adhèrent à des organisations. Toutefois, lorsque ces organisations commettent des atteintes aux personnes et aux biens, il va de soi que l'autorité judiciaire doit apporter une réponse déterminée aux dérives constatées.
UMP 12 REP_PUB Bourgogne O
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17.11.2006
Entretien avec Janine Tavernier, ancienne présidente de l'Unadfi (de 1993 à 2001)
Janine Tavernier : "Il faut distinguer les mouvements religieux des vraies sectes"
LE MONDE | 16.11.06 | 14h43
V ous êtes une figure de la lutte contre les sectes. En préfaçant un livre (Sectes sur ordonnance, éditions Amorc), vous dénoncez des "dérives" dans les associations antisectes. Pourquoi ?
J'ai présidé l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi, principale association antisectes) de 1993 à 2001. Lorsque j'y suis entrée, en 1984, l'association ne s'occupait ni des croyances ni des philosophies, mais simplement des personnes. J'ai toujours eu pour principe : on laisse nos croyances au vestiaire, on s'intéresse aux faits.
Aujourd'hui, je m'inquiète lorsque j'entends la présidente de l'Unadfi, Catherine Picard, critiquer à La Réunion les "Eglises évangéliques" sans distinction.
Pourtant, on reprochait à l'Unadfi d'être une association d'inspiration catholique, par comparaison avec le Centre contre les manipulations mentales (CCMM), étiqueté plus "rationaliste". Est-ce exact ?
L'association a été fondée par des personnes d'origine catholique, mais ouvertes. J'ai souhaité qu'on aille vers davantage d'ouverture.
Petit à petit, beaucoup de francs-maçons sont entrés dans l'Unadfi, lui donnant une coloration qu'elle n'avait pas à l'origine. L'association avait été fondée par des familles touchées dans leur entourage par le phénomène sectaire. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'elle s'est politisée.
Pourquoi avez-vous quitté la présidence de l'Unadfi ?
En 2001, je sentais qu'on s'engageait dans une chasse aux sorcières. Plusieurs dérapages ont eu lieu. On m'a reproché de mettre mes enfants dans une école Steiner, ce que, d'ailleurs, je ne regrette pas. Alain Vivien, alors président de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), a commencé à attaquer l'anthroposophie, qui inspire les écoles Steiner.
Pour ma part, je n'ai aucune attache philosophique, dogmatique, politique ou religieuse. Je suis libre et c'est bien ce qui dérange tout le monde ! J'ose à peine dire que je me soigne à l'homéopathie...
Comment jugez-vous l'action de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ?
Quand Jean-Michel Roulet a pris la présidence de la Miviludes, en 2005, je lui ai fait confiance. Puis j'ai vu qu'il avait épinglé l'Amorc (Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix) dans le rapport 2006. Ce n'est pas sérieux.
Que pensez-vous de la polémique actuelle qui oppose des parlementaires et l'administration sur le statut des Témoins de Jéhovah ?
Je me suis battue pour qu'on distingue les nouveaux mouvements religieux, comme les communautés charismatiques, et les vraies sectes. A cette époque, les choses étaient plus nettes. Aujourd'hui, on ne sait plus où l'on en est. Si des travaux sérieux avaient été entrepris, on y verrait plus clair.
En ce qui concerne les Témoins de Jéhovah, j'ai entendu beaucoup d'anciens adeptes. Le monde extérieur y est décrit comme l'enfer. C'est triste quand une fillette de 4 ans, à qui sa maîtresse demande de faire un cadeau pour la Fête des mères, refuse parce que cette fête est interdite chez elle !
L'administration estime qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public. Soit. Ce que je demande, c'est qu'on prenne le temps de la réflexion et qu'on évite les amalgames. J'ai toujours été contre le principe des listes de sectes.
reporté par Xavier Ternisien
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14.09.2006
Notes sur la RCO d'Antoine Faivre
JVR: Littérature gnostique à l'ère du Verseau
Le LR [Lectorium Rosicrucianum] a une activité éditoriale importante, en plusieurs langues, qui s'exerce principalement à Haarlem (éditions, ou librairie, du Rozekruis Pers): traduction et rééditions des oeuvres des fondateurs (Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri), mais aussi d'ouvrages anciens (un écrit de Marsile Ficin, quatre de Karl von Eckartshausen, un de Jacob Boehme, deux de J.A. Comenius) et du XXe siècle (livres d'Antonin Gadal et de Gustav Meyrink, par exemple), édition d'une revue, Pentagramme (bi-mensuel qui paraît en onze langues et tire à environ vingt mille exemplaires), et bien sûr de brochures. De valeur inégale, les articles de Pentagramme se partagent en deux catégories: textes à vocation initiatique ou édifiante, et – moins nombreux – études à caractère historique ou même nettement universitaire ; plusieurs de celles-ci sont de la plume de chercheurs participant également aux activités éditoriales de In de Pelikaan, qui est une maison d'édition à Amsterdam.
Le corpus référentiel du LR , tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Rijckenborgh (que tous les membres sont tenus d'étudier, et qui constitue l'obligée référence du LR) comporte deux sortes d'ouvrages. L'une est représentée par l'édition commentée de textes anciens, l'autre par des manuels à l'usage des membres de l'École, manuels nullement secrets mais offerts aussi bien au public pour son instruction. Parmi les éditions de textes anciens figure en premier lieu celle, en quatre volumes, du Corpus Hermeticum, qu'il interprète, on l'a vu, dans un sens dualiste. Ce corpus est pour lui fondamental: « Toute activité gnostique réelle de la période humaine actuelle a pour source la gnose égyptienne. » Par « Égypte », il semble qu'il entende davantage la pharaonique que l'alexandrine car, pour lui, comme il l'écrit de façon surprenante: « Les enseignements d'Hermès Trismégiste ont plus de dix mille ans », si bien que « à peu près tous les textes de valeur de la Bible sont empruntés aux écrits hermétiques » ; d'ailleurs, « il faut encore savoir que tous les livres de la Bible ont été rédigés par les pères de l'Église. [...] C'est un miracle que quelque chose d'essentiel ait été conservé, comme l'évangile de Jean ». Figurent aussi, parmi les éditions commentés de livres anciens, celle des trois écrits rosicruciens (Fama, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces Chymiques, 1616), et le Nycthéméron d'Apollonius de Tyane. Ces éditions et commentaires ne se présentent nullement comme des études historiques et philologiques. Aussi bien ont-ils pour objet unique d'édifier spirituellement le lecteur. Il en va de même, évidemment, de la seconde sorte d'ouvrages – ceux qui sont destinés à l'instruction spirituelle, sans support textuel préalable –, mais dans ce cas l'on est moins surpris.
A part ceux qu'il considère comme ses pères fondateurs, Rijckenborgh ne cite que peu de noms. A part, donc, Hermès Trismégiste, Mani, Johann Valentin Andreae, on trouve seulement, parfois, les noms de Max Heindel, Rudolf Steiner, H.P. Blavatsky. Même Jacob Boehme paraît absent, mais il serait souvent cité, m'apprend le LR, dans d'autres ouvrages, et notamment dans les « textes intérieurs » du LR, et Rijckenborgh aurait procuré lui-même, avant guerre, une édition de L'Aurore naissante. Pour le XVIIIe siècle, Karl von Eckartshausen semble être le seul. Rijckenborgh a sévèrement limité son corpus référentiel. Il déclare d'ailleurs rejeter toute forme d'occultisme, qu'il appelle aussi « magie grise » ou « magie négative ». Par là, il semble entendre beaucoup de choses et reste le plus souvent vague, mais c'est très explicitement qu'il condamne le spiritisme, le magnétisme, et même l'astrologie et l'acupuncture.
Antoine FAIVRE
Source: Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »), in Pour en finir avec les sectes (CESNUR - Di Giovanni, 1996)
13:25 Publié dans 04. Rosicrucianisme | Lien permanent | Envoyer cette note
JVR: un enseignement paradoxal
Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Antoine FAIVRE
Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)
13:45 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, croix, rosicruciens, littérature, religion, ésotérisme, rose-croix

