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15.09.2007

Antoine Faivre à propos de la Rose-Croix d'Or

Le LR [Lectorium Rosicrucianum] a une activité éditoriale importante, en plusieurs langues, qui s'exerce principalement à Haarlem (éditions, ou librairie, du Rozekruis Pers): traduction et rééditions des oeuvres des fondateurs (Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri), mais aussi d'ouvrages anciens (un écrit de Marsile Ficin, quatre de Karl von Eckartshausen, un de Jacob Boehme, deux de J.A. Comenius) et du XXe siècle (livres d'Antonin Gadal et de Gustav Meyrink, par exemple), édition d'une revue, Pentagramme (bi-mensuel qui paraît en onze langues et tire à environ vingt mille exemplaires), et bien sûr de brochures. De valeur inégale, les articles de Pentagramme se partagent en deux catégories: textes à vocation initiatique ou édifiante, et – moins nombreux – études à caractère historique ou même nettement universitaire ; plusieurs de celles-ci sont de la plume de chercheurs participant également aux activités éditoriales de In de Pelikaan, qui est une maison d'édition à Amsterdam.
Le corpus référentiel du LR , tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Rijckenborgh (que tous les membres sont tenus d'étudier, et qui constitue l'obligée référence du LR) comporte deux sortes d'ouvrages. L'une est représentée par l'édition commentée de textes anciens, l'autre par des manuels à l'usage des membres de l'École, manuels nullement secrets mais offerts aussi bien au public pour son instruction. Parmi les éditions de textes anciens figure en premier lieu celle, en quatre volumes, du Corpus Hermeticum, qu'il interprète, on l'a vu, dans un sens dualiste. Ce corpus est pour lui fondamental: « Toute activité gnostique réelle de la période humaine actuelle a pour source la gnose égyptienne. » Par « Égypte », il semble qu'il entende davantage la pharaonique que l'alexandrine car, pour lui, comme il l'écrit de façon surprenante: « Les enseignements d'Hermès Trismégiste ont plus de dix mille ans », si bien que « à peu près tous les textes de valeur de la Bible sont empruntés aux écrits hermétiques » ; d'ailleurs, « il faut encore savoir que tous les livres de la Bible ont été rédigés par les pères de l'Église. [...] C'est un miracle que quelque chose d'essentiel ait été conservé, comme l'évangile de Jean ». Figurent aussi, parmi les éditions commentés de livres anciens, celle des trois écrits rosicruciens (Fama, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces Chymiques, 1616), et le Nycthéméron d'Apollonius de Tyane. Ces éditions et commentaires ne se présentent nullement comme des études historiques et philologiques. Aussi bien ont-ils pour objet unique d'édifier spirituellement le lecteur. Il en va de même, évidemment, de la seconde sorte d'ouvrages – ceux qui sont destinés à l'instruction spirituelle, sans support textuel préalable –, mais dans ce cas l'on est moins surpris.
A part ceux qu'il considère comme ses pères fondateurs, Rijckenborgh ne cite que peu de noms. A part, donc, Hermès Trismégiste, Mani, Johann Valentin Andreae, on trouve seulement, parfois, les noms de Max Heindel, Rudolf Steiner, H.P. Blavatsky. Même Jacob Boehme paraît absent, mais il serait souvent cité, m'apprend le LR, dans d'autres ouvrages, et notamment dans les « textes intérieurs » du LR, et Rijckenborgh aurait procuré lui-même, avant guerre, une édition de L'Aurore naissante. Pour le XVIIIe siècle, Karl von Eckartshausen semble être le seul. Rijckenborgh a sévèrement limité son corpus référentiel. Il déclare d'ailleurs rejeter toute forme d'occultisme, qu'il appelle aussi « magie grise » ou « magie négative ». Par là, il semble entendre beaucoup de choses et reste le plus souvent vague, mais c'est très explicitement qu'il condamne le spiritisme, le magnétisme, et même l'astrologie et l'acupuncture.

Antoine FAIVRE
Source: Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »), in Pour en finir avec les sectes (CESNUR - Di Giovanni, 1996)
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JVR: un enseignement paradoxal
Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.

Antoine FAIVRE
Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)
directeur d’études à l’école pratique des hautes études (Ve section), professeur à l’université Bordeaux-III pour Roland : Professeur émerite à la Sorbonne ...et auteur de nombreux travaux sur le la Rose-Croix3232b817ecfaf7a9a9e06805eb9fa164.jpg

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06.09.2007

Définition de la RCO selon Antoine Faivre

Le LR [Lectorium Rosicrucianum] a une activité éditoriale importante, en plusieurs langues, qui s'exerce principalement à Haarlem (éditions, ou librairie, du Rozekruis Pers): traduction et rééditions des oeuvres des fondateurs (Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri), mais aussi d'ouvrages anciens (un écrit de Marsile Ficin, quatre de Karl von Eckartshausen, un de Jacob Boehme, deux de J.A. Comenius) et du XXe siècle (livres d'Antonin Gadal et de Gustav Meyrink, par exemple), édition d'une revue, Pentagramme (bi-mensuel qui paraît en onze langues et tire à environ vingt mille exemplaires), et bien sûr de brochures. De valeur inégale, les articles de Pentagramme se partagent en deux catégories: textes à vocation initiatique ou édifiante, et – moins nombreux – études à caractère historique ou même nettement universitaire ; plusieurs de celles-ci sont de la plume de chercheurs participant également aux activités éditoriales de In de Pelikaan, qui est une maison d'édition à Amsterdam.
Le corpus référentiel du LR , tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Rijckenborgh (que tous les membres sont tenus d'étudier, et qui constitue l'obligée référence du LR) comporte deux sortes d'ouvrages. L'une est représentée par l'édition commentée de textes anciens, l'autre par des manuels à l'usage des membres de l'École, manuels nullement secrets mais offerts aussi bien au public pour son instruction. Parmi les éditions de textes anciens figure en premier lieu celle, en quatre volumes, du Corpus Hermeticum, qu'il interprète, on l'a vu, dans un sens dualiste. Ce corpus est pour lui fondamental: « Toute activité gnostique réelle de la période humaine actuelle a pour source la gnose égyptienne. » Par « Égypte », il semble qu'il entende davantage la pharaonique que l'alexandrine car, pour lui, comme il l'écrit de façon surprenante: « Les enseignements d'Hermès Trismégiste ont plus de dix mille ans », si bien que « à peu près tous les textes de valeur de la Bible sont empruntés aux écrits hermétiques » ; d'ailleurs, « il faut encore savoir que tous les livres de la Bible ont été rédigés par les pères de l'Église. [...] C'est un miracle que quelque chose d'essentiel ait été conservé, comme l'évangile de Jean ». Figurent aussi, parmi les éditions commentés de livres anciens, celle des trois écrits rosicruciens (Fama, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces Chymiques, 1616), et le Nycthéméron d'Apollonius de Tyane. Ces éditions et commentaires ne se présentent nullement comme des études historiques et philologiques. Aussi bien ont-ils pour objet unique d'édifier spirituellement le lecteur. Il en va de même, évidemment, de la seconde sorte d'ouvrages – ceux qui sont destinés à l'instruction spirituelle, sans support textuel préalable –, mais dans ce cas l'on est moins surpris.
A part ceux qu'il considère comme ses pères fondateurs, Rijckenborgh ne cite que peu de noms. A part, donc, Hermès Trismégiste, Mani, Johann Valentin Andreae, on trouve seulement, parfois, les noms de Max Heindel, Rudolf Steiner, H.P. Blavatsky. Même Jacob Boehme paraît absent, mais il serait souvent cité, m'apprend le LR, dans d'autres ouvrages, et notamment dans les « textes intérieurs » du LR, et Rijckenborgh aurait procuré lui-même, avant guerre, une édition de L'Aurore naissante. Pour le XVIIIe siècle, Karl von Eckartshausen semble être le seul. Rijckenborgh a sévèrement limité son corpus référentiel. Il déclare d'ailleurs rejeter toute forme d'occultisme, qu'il appelle aussi « magie grise » ou « magie négative ». Par là, il semble entendre beaucoup de choses et reste le plus souvent vague, mais c'est très explicitement qu'il condamne le spiritisme, le magnétisme, et même l'astrologie et l'acupuncture.

Antoine FAIVRE
Source: Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »), in Pour en finir avec les sectes (CESNUR - Di Giovanni, 1996)
13:25 Publié dans 04. Rosicrucianisme | Lien permanent | Envoyer cette note
JVR: un enseignement paradoxal
Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.

Antoine FAIVRE
Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)
directeur d’études à l’école pratique des hautes études (Ve section), professeur à l’université Bordeaux-III pour Roland : Professeur émerite à la Sorbonne ...et auteur de nombreux travaux sur le la Rose-Croix

12:43 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, histoire, religion, sociologie, Rose-Croix, rosicruciens